Ambassadeur à Londres (1724), Maréchal de France (1734), Duc de
Broglie par contrat de 1742. Chevalier de Broglie, puis Comte de Buhy,
puis Comte de Broglie et avec la gloire Maréchal de France (1734) et
Duc héréditaire de Broglie par lettres patentes du 11 juin 1742, par
érection de sa baronnie de Ferrières achetée en 1716.
Sa vie est un palmarès presque sans interruption. Il entra en 1686 dans
la compagnie des gentilhommes cadets de Besançon, fut pourvu d’une
cornette au régiment de cuirassiers et combattit à l’affaire de Valcourt
puis à Fleurus (1690). En 1691 il eut une compagnie au régiment de
St-Valéry, servit à l’armée d’Allemagne puis à celle d’Italie et se mit en
valeur à la Marsaille (4 octobre 1693). Le roi le nomma capitaine au
Royal Cravate le 11 décembre 1693 puis mestre du régiment de cavalerie
du roi le 20 janvier 1694. C’est sur un rapport de Catinat que Sa Majesté
lui donna l’agrément d’acheter son régiment, quoiqu’il n’eut que 23 ans.
Il combattit ensuite en Flandre jusqu’à la Paix de Ryswick (1697).
Il commença la guerre de Succession d’Espagne en Flandre sous
Boufflers et après la victoire de Nimège fut promu brigadier le 23
décembre 1702. Il se distingua à Hoechstaedt sous Villars ; alors le
même jour il reçut la Croix de Saint-Louis et le grade de Maréchal de
camp (20 octobre 1703).
Passé en Italie avec Vendôme, il combattit à Cassano (1705) puis revint
sur le Rhin avec Villars.
En 1706 il participa à la prise des lignes de Drusenheim, de Lauterbourg
et de Hagueneau.
Inspecteur général de la cavalerie et des dragons le 8 février 1707, il
continua la bataille de Franconie, l’une des plus belles de cette guerre. A
la tête de corps séparés, il passa 3 fois le Rhin en présence de l’ennemi :
à l’ile du Marquisat, à Stolhoffen près d’Hagenbeck puis aux environs de
Neufbourg. Sous Villars, il se distingua à Malplaquet (septembre 1709).
Il fut nommé lieutenant général le 29 mars 1710 ; le 2 juin il emporte
Biache en Flandre : commandant à Arras il s’empara du fort de l’Ecluse
en 1711 ; la même année il battit le général de Saint-Amour près de
Douai et le fit prisonnier.
En récompense de ses succès le roi lui accorda le gouvernement de Mont
Dauphin (Hautes Alpes) (23 février 1712).
A Denain le 23 juillet 1712 il forçat les lignes du Prince Eugène et
opérant sur ses derrières captura ses convois ; l’un deux comprenait 500
chariots de pain fortement protégés. D’août à octobre, il s’empara de
Marchiennes, Douai et du Quesnoy. A l’Armée du Rhin, il pris Landau le 20
aout 1713. Volontaire au siège de Fribourg, il emporta de haute lutte une
redoute que l’artillerie n’avait pu atteindre et détermina la reddition de la
place (1er novembre). Pendant l’hiver, il eut le commandement du
Palatinat. Puis ce fut la paix de Radstatt (6mars 1714). La réputation du
Comte de Broglie s’étendait jusqu’à la Cour.
La Duchesse d’Orléans, mère du Régent écrira (12 novembre 1719) :
« Le Comte de Broglie est sous tous les rapports un des cavaliers les plus
estimables que l’on puisse voir ». Il se maria en 1716 avec Thérèse
Locquet de Grandville qui lui apporta cent milles écus d’or de dot ; au
mois de septembre, il achetait pour quatre cent mille louis la terre de
Chambrais et la baronnie de Ferrières en Normandie. Il fut nommé
directeur de la cavalerie et des dragons le 4 juillet 1719. Le roi le désigna
comme ambassadeur en Angleterre en janvier 1724 ; il partit de Paris le
10 avril pour son nouveau poste. Il avait été chargé de demander pour le
roi Louis XV, dont le mariage avec l’infante d’Espagne venait d’être
rompu, la main de la fille ainée du Prince de Galles.
La différence de religion rendant ce projet impossible, il travailla à une
ligue défensive entre l’Angleterre, la France et la Prusse, puis signa le 3
septembre 1725 à Herrenhausen le traité de Hanovre. Le Comte de
Broglie resta en Angleterre jusqu’en 1731. En reconnaissance des
services rendus, le roi le nomma Chevalier de ses ordres le 12 février
1731 et le gratifia du collier le 13 mai 1732. Pour régler les frais
considérables de son ambassade, il dut vendre sa propriété de Buhy à
son frère le marquis. Il commença la guerre de Succession de Pologne en
Italie. Coup sur coup il obtint le gouvernement de Bergues (22 mai) et
fut créé Maréchal de France le 14 juin 1734.
Il partagea avec Coigny le commandement de l’armée d’Italie ; ils
battirent les impériaux à Parme (29 juin) et à Guastalla (19 septembre).
Quelques jours avant, il avait été surpris près de cette ville à Quistello,
l’ennemi captura tout son équipement évalué à 150 ducations vénitiens ;
toutefois il put se retirer avec ses fils et prendre aussitôt la tête de la
brigade de Champagne. A Guastalla, il s’empara de bateaux chargés de
l’artillerie ennemie et appuyant le Maréchal de Coigny détermina par son
initiative le succès de la bataille. Le Maréchal de Broglie prit le
commandement de toute l’armée, du départ du Maréchal de Coigny à
l’arrivée du Maréchal de Noailles (janvier-avril 1735) et rentra ensuite à
Paris.
Le 29 janvier 1739 le roi lui donna le commandement de la Province
d’Alsace. Il résida alors à Strasbourg où il fit ouvrir la place qui porte
encore son nom. Le 24 aout 1740 le roi de Prusse vint incognito à
Strasbourg ; reconnu, il alla rendre visite au Maréchal qui ne le reçut pas
avec une pompe royale. Frédéric II lui en garda toujours rancune.
Le duc de Luynes énumère les traitements attribués au Maréchal de
Broglie en 1739 ; 30.000 livres comme commandant de l’Alsace, plus
36.000 de fourrage en argent, 6.000 livres comme commandant de
Strasbourg plus divers avantages, le tout passait 90.000 livres ; en outre
22.000 livres du gouvernement de Bergues, 4.000 d’une ancienne
pension, 13 à 13.000 livres comme Maréchal et les 1.000 écus de
l’Ordre.
Voici venir la guerre de Succession d’Autriche, les grandes heures du
Maréchal de Broglie, âgé alors de 70 ans.
Il arriva à Prague le 19 décembre 1741. Les responsabilités mal
partagées entre les deux vieux maréchaux (de Broglie et de Belle-Isle), la
Cour divisée en partis à leur sujet, tout laissait présager des discordes.
Il s’installa à Pisseck où il repoussa une attaque du Grand Duc de
Toscane (28 décembre). Il ne put empêcher les éléments laissés sur le
Danube de capituler à Linz (23 janvier 1742), il s’empara d’Egra (20
avril). Il apprit alors qu’il était nommé au commandement de toutes les
troupes d’Allemagne. Le 26 mai, il défit les Hongrois à Sahay, où ses trois
fils combattaient à ses côtés ; il fit lever le siège de Frauenberg (29 mai),
passa le Moldau en combattant et parvint jusqu’à la Blanitz.
En reconnaissance de tant de services rendus, le roi érigea le 11 juin
1742 la baronnie de Ferrières en duché héréditaire sous le nom de
Broglie.
Les traités de Breslau (11 juin) et de Berlin (28 juillet 1742) isolèrent la
France de ses anciens alliés.
Il dut revenir à Prague en résistant brillamment au Prince Loblowitz ; de
là il harcela l’ennemi par ses contre-attaques. Cette retraite et la défense
de la ville passent pour une des plus belles pages militaires du XVIIIème
siècle.
L’armée de Maillebois devait faire sa jonction avec Prague mais ne put y
arriver. Laissant Belle-Isle dans la place forte le 25 octobre, le duc de
Broglie alla prendre le commandement de l’armée de Maillebois,
disgrâcié. Elle se trouvait dans un état affreux. Il réussit à installer ses
quartiers d’hiver à Braunau près Munich vers le 10 décembre.
Le 27 mars 1743 le Maréchal de Broglie avait été pourvu du
gouvernement de la ville de Strasbourg en échange de celui de Bergues.
Le Maréchal de Noailles était devenu commandant en chef de l’Armée du
Rhin.
Après être resté tout l’hiver sur la défensive, il ne jugea pas opportun de
défendre la Bavière complétement ruinée; il demanda un ordre de retraite
et sans l’avoir reçu se replia sur Ratisbonne, Ingolstatt 10 juin, Donavert
16 juin et Winpfen.
Les techniciens apprécient cette retraite effectuée dans des
circonstances difficiles. Mais l’Empereur d’Allemage, furieux de l’abandon
de son pays, fit des reproches si amers à la Cour de France que Louis XV
retira au Maréchal de Broglie le commandant de son armée (8 juillet) et
son gouvernement d’Alsace, puis l’exila dans sa terre de Broglie.
La carrière du Maréchal était terminée ; sa santé s’ébranlait et peu de
jours après, une attaque d’apoplexie le frappa. En septembre 1744 le
Maréchal se rendit au conseil des ministres pour exposer la défense de
sa conduite dans le commandement de l’Armée.
Au début de 1745, sa maladie s’aggravant, il dut s’aliter. Sa dernière
lettre fut pour féliciter Maurice de Saxe de la victoire de Fontenoy (11
mai). Une pneumonie l’emporta le 22 mai. Avec une hauteur d’âme
profondément chrétienne qui fit l’admiration de tous, mourut ce grand
homme de guerre. Il fut inhumé dans l’église Saint-Martin de Broglie. Sa
tombe fut profanée en 1793, mais une réparation solennelle eut lieu en
1806.
En plus de Broglie, il possédait à Paris l’hôtel de la rue Saint-Dominique ;
son père dont il était le préféré le lui avait vendu dès 1719 moyennant
une rente viagère. Un inventaire du mobilier de cette demeure fut établi
après son décès en 1745.
- Né le 11 janvier 1671 – Saint Sulpice, Paris, 75
- Décédé le 22 mai 1745 – Broglie, Eure
- À l’âge de 74 ans
- Inhumé – église Saint-Martin, Broglie, Eure
Source : « Les Broglie – Leur Histoire » par le Prince Dominique de
Broglie – Editions du Palais Royal

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